INTRODUCTION À
L'ONTOLOGIE
—
Vers l'actualisation de l'Homme total
MARTIN MULLER
(c) Martin MULLER 1974
1. Rappel de quelques notions psychologiques
A. Conditions nécessaires aux exercices proposés
B. Pressentir, Sentir, Ressentir
C. Notes technique et psychologique
4. Les trois exercices de base
B. Premier exercice de base : le déroulement des désirs
a) Première étape : besoin vital
c) Acquis résultant de la pratique de l'exercice
C. Deuxième exercice de base : déroulement des pensées
D. Troisième exercice de base : déroulement des sensations
E. Quelques considérations sur les trois exercices de base
1 PRINCIPES ontologiques ET leur PRATIQUE
B. Dualité, notion de polarités
C. Trinité, notion de fonctions
A. Schéma du carré : structuration dans le temps
a) Structuration jusqu'à l'époque actuelle
b) Structuration future, conditions de maturation
c) Considérations philosophiques
3. Fonctions trinitaires au niveau personnel
A. Perception et localisation des centres de conscience
B. Jeu des centres de conscience
d. Données pour le conditionnement de la structure négative
4. Entraînement de la perception
A. Unité : Présence d'Etre, Réalisation, Intensification
B. Dualité : Jonction, Equilibre, Résonance
C. Trinité : sens du rôle, alignement, expansion
(A) Aspect galactique, Présence d'Etre d'énergie
(B) Aspect solaire, Présence d'Etre de lumière
(C) Aspect planétaire, Présence d'Etre humain
g) Résumé de la marche à suivre
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Nous avons la joie de vous offrir ce travail de pionnier, qui propose à d'autres pionniers de fouler et agrandir cette piste. L'ouvrage de Martin Muller, écrit en 1974, est toujours novateur; il s'adresse à ceux qui ont une expérience de la pratique subjective et qui veulent vivre en tant que Triade spirituelle incarnée, selon les termes d'Alice Bailey, ou qui veulent monter sur la Croix cardinale. Nous avons inversé la notation des centres et fonctions par rapport au texte original pour placer le plus important à gauche et la nuance (mineure) à droite.
Attention, les centres dont il est question sont de polarité positive ou émetteurs et ne sont pas les chakras ou centres d'énergie (à dominante plutôt négative (ceux-ci correspondent à l'apprentissage de la croix fixe).
Joie à vous adultes découvreurs, réjouissons-nous dans la vivance émettrice.
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Le langage est un moyen de communication plus particulièrement adapté au monde sensoriel et au conscient qui s'y rapporte. Plus l'on s'en écarte, plus les mots deviennent relatifs, pour n'être bientôt plus que des approximations plus ou moins heureuses ou encore des symboles qui éveillent des significations différentes selon le plan sur lequel ils sont compris.
L'analyse est un artifice permettant d'isoler un élément de son milieu, ou de son jeu dans le temps et l'espace. Elle est nécessaire pour la compréhension de principes, mais trop souvent fait perdre de vue les interrelations du jeu réel et leur simultanéité.
Le conscient est habitué à un monde à trois dimensions. La plupart du temps, la représentation imagée des concepts n'en utilise que deux. Or le sujet de cet ouvrage en comprend davantage, de sorte que les différents niveaux ou plans, représentés comme des superpositions en hauteur ou en profondeur incluent le plus souvent des interpénétrations complexes. Donc les notions de mesures telles que lointain-proche, haut-bas, intérieur-extérieur, appliquées au-delà de la stricte personne, deviennent figurées tout en restant encore utilisables, voire indispensables jusqu'au moment où elles sont fausses.
C'est à ces problèmes que la rédaction de ce livre a été constamment confrontée.
Lorsqu'on pousse la recherche au-delà de l'exprimé et que l'on remonte le cours des motivations, on découvre une causalité transcendant la personne et pénètre dans une nouvelle dimension, un nouveau monde. Alors que généralement l'attention se porte principalement sur la relation de la personne avec son entourage, elle aborde ici la relation de l'identité profonde avec la personne : c'est le domaine de l'ontologie dans son application pratique. Si les perceptions du conscient courant paraissent suffisantes dans la vie ordinaire, elles ne le sont plus pour un travail effectif au niveau ontologique. Pour cette nouvelle situation, il s'agit de dynamiser un potentiel, existant mais inemployé, afin d'agrandir le champ du conscient et rendre objectivement utilisables les perceptions dites intuitives. Le présent ouvrage expose une méthode permettant d'y parvenir, ainsi que quelques directives pratiques sur l'utilisation des facultés découlant de cet entraînement. Afin de respecter les qualités individuelles de chaque étudiant, l'enseignement présente surtout les principes à appliquer.
La première partie ou préparation psychologique sert de transition pour permettre au conscient de se sensibiliser à d'autres modes de perception, favorisant par la suite l'expression au niveau conscient, des perceptions (ou fonctions) supraconscientes. Le sens de quelques notions psychologiques courantes y est précisé pour aider à la compréhension du travail pratique.
Ensuite les exercices proposés donnent une première expérience qui facilite considérablement l'abord de la partie technique, sa systématique et sa rigueur. Choisis dans un but éducatif, ils s'accompagnent d'effets concrets. Ainsi les 'courants', 'rayonnements', 'centres' qui constituent la structuration positive de l'homme, acquièrent une réalité évidente. C'est surtout dans la deuxième partie de l'ouvrage que sont exposés les principes.
On peut comparer ce cheminement à l'enseignement des mathématiques : il commence par des opérations simples avec des chiffres, expression concrète et facile à comprendre, fait ensuite appel à des symboles permettant des équations de plus en plus complexes, conduisant à des espaces 'imaginaires' et à des abstractions de plus en plus étendues, enrichissant les concepts de dimensions nouvelles.
L'adaptation à des dimensions inusitées, résumée ici en quelques exercices, demande en réalité plusieurs années de travail. Il faut vaincre la routine de la pensée courante, se libérer de tracés apparemment sûrs mais limités, apprendre à faire face à l'incompréhension éventuelle de l'entourage. Le travail est à faire, à refaire, à faire encore, chaque fois avec un intérêt renouvelé. Au début, cette évolution peut se révéler difficile tant dans l'aspect éducation de soi que dans l'ajustement constant à faire avec la société. En effet, l'élargissement de conscience provoque naturellement un déplacement des centres d'intérêt et souvent une modification dans les relations avec autrui. Par la suite, la vision des choses se modifie encore et les difficultés d'adaptation ne recouvrent que les effets normaux et prévisibles d'une évolution désirée. Les nouveaux concerts mieux assimilés, on aborde cette éducation-ci comme une autre, simplement et naturellement. En fait, pour celui qui se fonde sur un élan spontané, ce travail peut être tout à fait passionnant et chaque problème l'occasion de mettre en jeu les prises de conscience récentes.
La deuxième partie ou partie technique introduit des perceptions et fonctions couramment utilisées au niveau ontologique, et constitue par là-même l'essentiel de l'ouvrage. De par sa spécificité elle demande adaptation et accoutumance. Adaptation à la forme de l'exposé, comme au symbolisme de son contenu. Adaptation également aux terrains et niveaux rencontrés et lente accoutumance du conscient qui perçoit d'abord globalement, approximativement, puis est capable d'analyse, et n'aborde les synthèses qu'après maturation et introduction de dimensions nouvelles. Patience et objectivité sont nécessaires. Se contenter d'un à-peu-près peut aider à mieux situer le travail de la partie précédente, mais ne saurait donner de résultats pratiques dans les dimensions impersonnelles. Les exercices des déroulements offrent une préparation expérimentale de sorte qu'on ne devrait pas éprouver de choc au contact de l'aspect technique. Pour une personne non avertie, ce choc est souvent subconscient et lui fait rejeter en bloc tout ce que ce domaine recouvre d'inconnu. Cette réaction de défense par refuge dans le connu, subjective, affecte la relation de la personne face aux faits et non les faits eux-mêmes : le comprendre est le début de l'apprentissage de l'objectivité.
L'ouvrage, destiné à un travail pratique, demande une participation active. Ce qui est considéré à première vue comme théorie sera repris et travaillé jusqu'à vérification. Tout ce qui est exposé a été l'objet d'expériences en classes, à divers degrés, y compris les aspects non-personnels les plus abstraits. S'il est vrai que toute personne qui veut s'en donner la peine peut tendre vers les possibilités de conscience et de fonctions les plus avancées indiquées, il est évident aussi que les qualifications varient en fonction de la sensibilité des structures, de la possibilité de les développer, du degré de maturité et du potentiel pratique disponible. Il s'ensuit logiquement qu'un même exercice pratiqué par plusieurs personnes ne les conduit pas forcément au même degré de réalisation. Quant aux valeurs extrêmes, elles sont données à titre d'information ou d'orientation, sorte de potentiel qui peut être laissé temporairement de côté sans nuire au travail.
1. Rappel de quelques notions psychologiques
Il est d'usage de déclarer adulte l'enfant ayant atteint un certain âge, admettant qu'il sait alors se servir suffisamment de ses facultés physiques, affectives et mentales pour prendre dans le jeu de la société une position indépendante.
Le passage de la position égocentrique d'acquisition pour le bénéfice de sa seule personne à la position d'utilisation consciente de cette personne en tant qu'instrument de la fonction à remplir, introduit en fait l'état d'adulte vrai. Si l'enfant procède du concret vers l'abstrait, du sensoriel vers le non sensoriel, l'adulte vrai, lui, ayant atteint ses bases réelles abstraites, va désormais les extérioriser. Ses facultés d'attention définie lui permettront de faire passer des valeurs et courants de l'impersonnel au personnel, établissant une unité de conscience là où il y avait des aspects séparés. Il accepte la responsabilité d'une fonction pour laquelle il se forme non pour sa propre satisfaction mais pour agir. Les motivations d'acquisition, apparemment personnelles, répondent en fait à une impulsion non-personnelle, consciente ou non au départ. Si l'on ne peut passer d'emblée à l'état d'adulte vrai, l'apprentissage d'une position plus objective et plus rayonnante en marque le chemin.
Il reste évident que tout être humain doit apprendre d'une part le fonctionnement de son instrument d'expression (persona, le masque, l'instrument d expression), d'autre part la nature du milieu d'action ou terrain de jeu.
Toute mise en jeu de fonctions se fait de façon élective, impliquant une affinité entre le sujet et l'objet. Ces relations, qu'elles soient attractives ou répulsives, passent par deux aspects successifs opposés au cours du développement de l'homme, tant chez l'individu que dans la collectivité.
Dans la première phase que nous appelons 'enfant' pour simplifier, la responsabilité du mouvement d'affinité est laissée à 'l'objet'. On aime en fonction de ce que l'on reçoit, on dit être repoussé par ce qui déplaît. De cette position découlent les situations particulières du petit enfant, puis du grand enfant ou adolescent. Le premier subit cette causalité extérieure et apprend à la connaître. À cette fin, il essaye d'en éprouver la grandeur et la résistance. L'adolescent, déjà plus conscient du jeu de l'affinité, cherche à modifier ce jeu dans le sens où il l'entend en agissant sur l'objet, puisque cet objet contient la cause. L'un et l'autre tentent d'agir sur l'extérieur responsable, pour eux, de ce bonheur auquel ils aspirent. C'est une position de dépendance.
Avec le temps et après bien des expériences décevantes, l'homme s'aperçoit qu'il est plus rationnel de modifier sa position vis-à-vis de l'objet que la nature de cet objet; ainsi il passe progressivement à la position d'adulte. Dans cette deuxième phase, il se sent responsable des impulsions causales du jeu d'affinité et apprend à les manier. Chez le primitif, le champ des affinités conscientes reste très restreint, chez l'adulte vrai il est vaste et nuancé, chez le sage vrai... il ne faut pas aller trop vite. Le déplacement de la responsabilité et l'élargissement du jeu conscient pourraient être un moyen d'évaluer le degré d'évolution d'un individu.
En chimie, les affinités régissent les combinaisons des éléments. Il en va de même dans la vie de l'homme où elles déterminent les modalités de ses divers contacts avec le monde ambiant ainsi qu'avec les événements qui s'y produisent. Cela rend possible la formulation d'un principe général : de tous les événements possibles, seuls arrivent à un individu donné ceux que ses affinités permettent, que celles-ci soient conscientes, sub- ou supra-conscientes. Celui qui a observé sa vie et celle des autres constate ce cheminement électif qui dans certains cas ressort particulièrement clairement. Dans d'autres, on peut être tenté d'attribuer le fait au hasard. Au fait, qu'est-ce que le hasard ? C'est la frontière du connu, le début de l'ignorance.
Y a-t-il une différence pratique entre celui qui n'arrive pas à fournir d'explication rationnelle à un problème mais se refuse à utiliser le mot 'hasard', et celui qui utilise ce mot comme réponse raisonnable? Oui, une différence psychologique importante. Le second s'enferme dans le cercle de ses connaissances. Il oppose une sorte de refus à l'ouverture vers une compréhension plus vaste, position qui peut amener l'arrêt de l'extension de la conscience dans le domaine touché puisqu'il ne tient plus compte du jeu des affinités susceptibles encore d'agir. Le premier, tout en reconnaissant ses limitations pratiques, ne s'oppose pas au jeu des affinités possibles. Il a ainsi plus de chances d'élargir sa capacité de prise de conscience. Sa position est objective.
Les physiciens modernes ont montré que l'on pouvait accorder dans une nouvelle synthèse des problèmes apparemment insolubles et contradictoires, en introduisant de nouvelles dimensions. Ce principe existe également en psychologie où il permet de trouver la réponse à des questions non résolues autrement. Ainsi dans le problème des complexes dus à un traumatisme datant de l'enfance, pourquoi tel enfant plutôt qu'un autre enregistre-t-il le choc ? D'où vient cette affinité spécifique déjà à cet âge ? Bien souvent la cause réelle se cache plus loin que l'origine apparente. S'il est utile de savoir d'où part le complexe, il ne faut pas confondre ce départ et la cause de base. Pour trouver cette dernière, la psychologie, au début technique de la mécanique de l'affect et du mental, tend à devenir science de l'âme, 'psychologie' au sens étymologique du forme.
Bien qu'il ne soit pas encore possible de s'étendre ici sur ce qui détermine les affinités, on peut relever le jeu de deux facteurs dont elles découlent : la nature profonde de l'homme et sa fonction dans un milieu donné.
Lorsqu'une affinité relie le sujet à l'objet, il s'établit une tension qui, au niveau psychologique, est appelée attention. L'attention est donc une à-tension (tension dirigés vers ou connectée à) qui implique la mise en action d'une énergie circulant dans les deux sens entre le sujet et l'objet. Elle peut être de nature consciente, subconsciente ou supraconsciente, ou encore n'importe quelle combinaison de ces trois possibilités. Ainsi, lorsqu'une personne est travaillée par quelque chose qui pratiquement lui échappe, l'attention qui s'y porte est surtout inconsciente. Mais une fois le problème résolu, soulagée et libre, elle sent nettement qu'une énergie utilisée auparavant en direction du problème est à nouveau disponible. La nature de l'énergie elle-même est multiple. Dans le concret, elle est nerveuse, mais lorsqu'on aborde l'imaginaire ou l'abstrait, elle dépasse le physique et se qualifie selon le plan où elle agit. Ceci implique que l'on pourra dans les exercices proposés plus loin, faire jouer des énergies sans effets physiologiques.
Faut-il confondre attention et énergie ? Non, l'attention, faculté sélective et directrice, a le pouvoir, plus ou moins étendu selon son développement, de canaliser les différentes énergies qui dérivent fondamentalement de l'énergie de base que l'on peut appeler énergie de vie. L'attention non suffisamment définie peut être déviée par des courants parasites (par exemple, une bifurcation de la pansée par association d'idées), ou affectée par des perturbations (exemple : bruit extérieur). Une attention déterminée implique des conditions impératives.
Une des premières consiste à développer la capacité de se détendre. Il en sera question plus loin, car elle aide singulièrement au développement de la faculté sélecter et directrice, et permet d'obtenir une parfaite isolation. Si profondément que joue la détente partielle ou totale de la personne, l'attention reste toujours en éveil, l'esprit en alerte.
Si à cette détente qui n'est jamais passive s'ajoute un intérêt réel, et surtout si cet intérêt répond à une aspiration profonde, on réalise les conditions favorables à une attention dégagée, libre dans son jeu. L'entraînement conscient de la faculté d'attention permet d'aborder des abstractions de plus en plus profondes, avec une contention naturelle telle que le concret peut être totalement oublié.
Les Anciens disaient : 'Tu deviens ce que tu contemples'. Cela est évident si l'on comprend que l'attention favorise précisément en soi le jeu, par onde de retour, des valeurs sur lesquelles elle se focalise, puis leur génération selon soi-même, accordée au plan considéré. Il est clair que plus les valeurs contemplées sont éloignées du conscient usuel, moins elles seront intégrées rapidement.
S'il est relativement facile de constater ce qu'une attention soutenue peut faire jouer en soi, on note par contre de fréquentes erreurs de jugement (illusions) quant à l'effectivité de ce jeu. L'appréhension, faculté de prendre à soi, le sentir et la compréhension mentale d'une valeur représentent une chose. Autre chose est de la rendre effective, soit capable de produire des effets tangibles en soi et autour de soi. Les conditions nécessaires à cette fin seront décrites dans le texte.
Il n'est guère possible de parler de l'attention sans aborder la concentration. Bien que le travail proposé ici ait pour effet d'augmenter cette faculté, l'utilisation du mot lui-même s'avère délicate pour des raisons d'ordre psychologique. En effet, d'ordinaire la concentration est soutenue par la volonté. Mais celle-ci est le plus souvent unie à la crispation. Par association, on tend à relier directement concentration et crispation, si bien qu'un front contracté devient le symbole accepté de l'effort de concentration, alors qu'il est une tension parasite. Nous préférons donc parler d'attention définie. Si l'on peut dire que tout exercice permet de la développer, ceux décrits dans ce livre lui donnent une pénétration particulière.
Pour créer un isolement qui lui soit favorable, certaines aides sont quelquefois préconisées (musique, lecture, lieu, posture, etc.). Leur utilisation peut se justifier pour autant qu'elles n'induisent pas un réflexe d'indispensabilité.
Si, pour la clarté de l'exposé, il faut recourir à une présentation successive, on doit toujours garder présent à l'esprit les notions de tout cohérent et d'interdépendance. Ainsi en est-il des notions d'affinité et d'attention introduites brièvement ici. Dans la vie pratique, de toute évidence elles sont liées. Une attention concentrée implique un intérêt réel pour le sujet choisi. Or intérêt égale affinité. La vie quotidienne révèle des affinités multiples, quoique des conditions particulières ou l'éducation de soi puissent amener pour un temps plus ou moins long le jeu relativement exclusif de l'une d'elles. Puisqu'elle est reliée à l'intérêt profond, théoriquement l'attention définie devrait pouvoir jouer spontanément; dans la pratique elle dépend de l'état de l'équilibre personnel de sorte que toute perturbation, source de tensions parasites, l'affecte. La respiration profonde et la détente permettent d'augmenter l'énergie utile à l'attention, diminuant par là-même l'importance des perturbations. Il est évident aussi que se situer dans les centres de conscience, décrits plus loin, intensifie la concentration. À un stade plus avancé encore, l'actualisation de la présence d'Etre permet d'agir consciemment sur l'état de la personne, d'où la relativité de toute aide extérieure.
Les réflexes conditionnés étant bien connus en psychologie, seuls quelques aspects intéressant ce travail font le sujet de ce chapitre. Si l'on compare le subconscient à un vaste cerveau électronique avec ses mémoires et ses circuits, on obtient une image intelligible bien que simplifiée les circuits sont analogues au cheminement suivi par les réflexes (conscience nature) dans une situation donnée; les réflexes conditionnés sont des automatismes jouant selon des tracés créés par la répétition d'associations, ou par une expérience marquante faite dans des circonstances particulières enregistrées en même temps. Chaque fois que l'on retrouve tout ou partie du conditionnement abstrait ou concret, l'association s'établit. Cette propriété particulière a été utilisée de tout temps, consciemment ou non, à des fins éducatives dans le développement de soi.
Des écoles enseignant le développement intérieur, recommandent de faire des exercices de concentration-méditation-contemplation dans le même lieu toujours à la même heure, souvent dans une posture spécifique. La répétition des exercices dans la même ambiance donne très vite l'effet d'isolement; l'heure fixe crée un effet cyclique à l'aide duquel il est possible de sortir spontanément de la routine journalière pour entrer dans l'état particulier recherché. Il est indéniable qu'au début cette méthode représente une aide, un gain de temps réels. Ainsi l'état recherché s'établit simplement en pénétrant dans l'ambiance créée, les réflexes conditionnés le déclenchant spontanément.
L'utilisation des propriétés particulières du réflexe conditionné se révèle donc souvent utile, mais en est-il ainsi dans tous les cas ? Tant que le but poursuivi se résume en une expérience de concentration, on peut répondre affirmativement. Mais est-il raisonnable de considérer comme but ce qui ne représente qu'un moyen d'action ? Si lors d'une rencontre de deux amis dans une rue très fréquentée, l'un constate chez l'autre un urgent besoin d'une forte radiation cœur, lui dira-t-il : 'Attends, je vais prendre la posture du lotus pour pouvoir te donner ce dont tu as besoin' ? L'exemple paraît ridicule; psychologiquement pourtant, pendant une période plus ou moins longue, le débutant peut être lié au conditionnement extérieur capable de déclencher les réflexes sans lesquels il n'accède pas au résultat désiré. Une fois ou l'autre, l'effet limitatif peut donc apparaître et minimiser le gain obtenu. Puis on en vient au stade où les réflexes sont inutiles en suite du développement d'autres facultés.
Dans le cadre de cet ouvrage, un réflexe est utile tant qu'il garde son rôle secondaire de moyen et que son établissement et son maintien ne deviennent pas un but en soi, tant qu'il est un conditionnement provisoire autour d'une ligne directrice, ou encore tant que le conscient en reste maître.
L'imagination est généralement tenue pour une faculté fantaisiste et irrationnelle. Cependant les résultats découlant de son utilisation la font apparaître en réalité comme un système d'associations qui, comme tout système, possède une structure logique. Cette faculté permet de créer des images à partir d'un courant motivant qui peut être aussi concret ou plus abstrait, aussi conscient ou plus inconscient qu'elles. Une même image peut se vivre mentalement, affectivement et sensoriellement. Cette propriété sera utilisée dans les exercices de déroulements pour retrouver le courant motivant à l'origine de l'image, car usuellement, faute de pouvoir le reconnaître, on est incapable de différencier la projection de son propre désir sur un sujet, de la perception du sujet lui-même. Plus on développe la capacité de partir consciemment de bases profondes pour faire fonctionner l'imagination, plus celle-ci se montre précieuse comme moyen de prise de conscience de courants motivants trop abstraits pour le conscient.
En particulier, elle rend de précieux services dans le domaine du rêve éveillé (onirothérapie). L'état de conscience de cette rêverie, dirigée ou non, par rapport à l'état de la conscience de veille, a l'avantage particulier de favoriser le jeu d'une sensibilité considérablement plus étendue qui ouvre à l'expression, des motivations sub- et supra-conscientes souvent inaccessibles autrement. L'aspect entièrement symbolique, généralement non compris par le patient, donne à celui-ci une totale liberté d'expression. Inconscient de ce qu'il décrit, il laisse apparaître ce qu'il pourrait vouloir cacher. Le rêve éveillé met éventuellement on jeu toutes les fonctions, du supraconscient le plus élevé au subconscient le glus profond, du fait qu'il permet, sous certaines conditions, de vivre des courants motivants dépassant toute représentation affective ou mentale. À ce niveau, sous une forme ou une autre, il peut être utilisé pour introduire de façon 'vécue' des états de conscience inconnus du mental usuel.
Le rêve éveillé aide particulièrement à la solution du problème des rapports entre le personnel et l'impersonnel aussi bien du point de vue réalisation de soi que du point de vue thérapeutique. Si le principe s'en révèle d'une application extraordinairement souple tant en psychosomatique, en psychothérapie que dans la structuration psychologique, on se heurte dans la pratique aux limites mêmes de celui qui le manie. Il s'avère vitalement important pour l'effectivité du travail que le maître ou thérapeute puisse réellement suivre, voire devancer l'élève ou le patient dans toutes les nuances de ce qu'il vit en rêve éveillé, pour que celui-ci se sente toujours en sécurité, et ne se voie pas obligé de s'aventurer seul dans une zone dont les dimensions échappent au thérapeute, comme cela arrive parfois lorsque les abstractions s'accentuent.
Si l'on écoute une note identique émise par divers instruments de musique, on reconnaît qu'il s'agit de la même note mais on remarque aussi que sa structure est chaque fois différente. Chaque instrument imprime ses caractéristiques à cette note. Techniquement il émet d'une part une vibration d'une longueur d'onde donnée propre à la note exprimée, ce qui donne à celle-ci son aspect théoriquement pur, d'autre part d'autres vibrations représentant un certain nombre d'harmoniques de cette note fondamentale ou vibration de base. La capacité de produire ces harmoniques diffère d'un genre d'instrument à l'autre, voire d'un instrument à l'autre. C'est le nombre, l'intensité et la relation de phases de celles-ci qui déterminent le caractère distinctif des divers sons. La fondamentale donne corps et puissance au son, les harmoniques révélant l'éclat et la richesse et dessinant l'individualité propre à chaque instrument. Pratiquement la note fondamentale et ses harmoniques ne sont perçues par l'oreille que comme un son unique permettant de nommer la note, mais en fait, incapable peut-être d'en préciser le niveau exact, on perçoit pourtant assez d'harmoniques pour déterminer quel est l'instrument en cause. En outre plus un son est riche, mieux il s'allie à d'autres sons.
Pour qu'une installation de reproduction du son ne produise pas un effet fatigant, il faut qu'elle soit équilibrée, c'est-à-dire qu'il y ait un rapport de symétrie entre les basses et les aigus. Si une installation simple reproduisant les sons de 100 à 5000 hertz (périodes-seconde) peut être équilibrée et permet de reconnaître l'œuvre musicale, celle-ci paraît 'plate' et les divers instruments guère différenciés. En l'améliorant jusqu'à rendre les fréquences de 70 à 8000 hertz, on obtient un effet plus nuancé bien que toute une série de réponses harmoniques manque encore. On ne peut parler de Haute Fidélité que lorsqu'elle rend toutes les fréquences audibles de l'ordre de 40 à 15000 hertz environ. À ce moment-là, les nuances peau et métal de la batterie, l'éclat des cuivres, la chaleur particulière des cordes, la clarté du piano ressortent pleinement, et même provenant d'une seule source, le son prend du relief. On sait que l'organisme est capable de répondre aux ultrasons bien que ceux-ci ne soient pas audibles. Même si l'oreille d'un auditeur sensible ne perçoit que l'échelle de 60 à 15000 hertz, le plaisir de l'écoute augmentera si la bande passante (la capacité de réponse) de l'installation donne de 20 à 20000 hertz, pour autant, bien sûr, que la source émettrice ait la même sensibilité. Lorsque la vibration est très basse ou surtout très haute, l'oreille n'entend plus le son, non parce qu'elle ne fonctionne plus (cela peut arriver), mais surtout parce que, faute de pratique et de référence, elle n'est plus capable de traduire en sons ces 'notes abstraites' perçues comme impression vibratoire. Nous citons ces notions techniques en raison des analogies qu'elles présentent avec certains aspects du conscient. Il est évident que la situation réelle est plus complexe.
En comparant les humains à l'installation en question, on peut dire que certains fonctionnent de façon pauvre et plate, la plupart atteint la qualité des réponses moyennes, quelques-uns réalisent la Haute Fidélité. Certains se révèlent équilibrés, quel que soit leur niveau de réponse, mais non pas d'autres qui de ce fait sont fatigants pour leur entourage; contrairement, en effet, à une installation électronique que l'on peut à volonté débrancher, l'homme émet continuellement un train d'ondes, concordantes ou discordantes.
Cette comparaison permet aussi de modifier des notions mal exprimées. Ainsi on imagine couramment quelqu'un de limité et terre-à-terre, à l'aise dans les basses fréquences seulement (il ne faut évidemment pas confondre bas du point de vue moral usuel avec bas dans les fréquences vibratoires). Techniquement il en va différemment. Si l'on examine sa bande passante, sa faculté de réponse à l'échelle vibratoire se limite aux moyennes fréquences, les basses comme les élevées lui sont inconnues. Cette insensibilité évidente implique un manque de maturité. Comme on le verra plus loin, la notion d'expansion de conscience suit la même loi de symétrie par rapport à une base de départ moyenne; une dominante de mode positif ou esprit se trouve généralement au stade évolutif actuel dans les fréquences élevées, alors que symétriquement dans les basses fréquences, la dominante est de modalité négative ou nature. Le terme terre-à-terre dans l'exemple ci-dessus vient du fait que la modalité d'expression est de pôle négatif ou nature, mais ne signifie pas que cette personne soit à l'aise dans la matière.
Dans une société affinée, c'est-à-dire à large bande passante, elle gêne par sa lenteur et son manque de nuances, traduction de sa petite bande passante. Alors que cette société utilise couramment dans son expression un large choix de fréquences auxquelles les autres membres répondent, ce qui fait la richesse de leur expression, la personne en question ne peut vibrer que de façon restreinte et ne saisit que l'immédiat limité, d'où l'impression de masse sans profondeur ni légèreté qu'elle livre. Nous l'avons vu, plus une note fondamentale présente d'harmoniques, plus elle peut se lier à d'autres notes et d'autres instruments. Celui qui a peu ou pas d'harmoniques communique difficilement et reste donc replié sur lui-même.
Dans le cadre du travail proposé dans cet ouvrage, l'effort porte à élargir la bande passante par une attention et une utilisation plus soutenues des hautes et basses fréquences, ceci tant dans l'aspect traduit psychologiquement que dans l'aspect direct de perception d'ondes ou courants. Il apparaîtra en effet qu'avant les formulations mentale, affective ou sensorielle d'une perception, il y a présence de ce que l'on peut appeler un courant ou onde. Une attention soutenue envers ce courant le rend peu à peu familier, jusqu'au point où l'on devient capable de vérifier si l'expression correspond réellement à l'impulsion-courant. L'attention pourrait se comparer à un filtre ne laissant passer que les fréquences recherchées (ici, les plus élevées). Poursuivant l'analogie, on dira même que l'entraînement permet de percevoir au-delà des fréquences audibles, puis de comprendre et finalement de reproduire au besoin cette perception au niveau inférieur, réalisant ainsi la Haute Fidélité et éventuellement une ultra-Haute Fidélité; mais celle-ci demande des qualifications exceptionnelles.
A. Conditions nécessaires aux exercices proposés
Qu'est-ce qu'un exercice ? Dans le cadre de cet ouvrage, il représente une sorte d'artifice créant un terrain psychologique qui facilite le jeu répété de certains aspects de conscience afin de les développer, les nuancer, donc d'affiner progressivement la perception. L'avantage de l'exercice est de reproduire à volonté le terrain voulu et de le maintenir le temps que nécessite la nature du travail. S'opposant à l'artifice, la vie de tous les jours constitue le terrain réel, toujours changeant, mais par là-même plus difficile. S'il fallait choisir entre le travail dans la vie ou celui des exercices, le premier s'imposerait. En effet, il faut considérer l'exercice comme un complément utile, souvent nécessaire, mais un complément seulement.
Les exercices demandent la mise en œuvre objective des facultés utilisables, jusqu'à la limite du conscient ... et légèrement au-delà, provoquant l'expansion de la zone consciente. Leur principe est facile à saisir, simplement logique. Pourtant dans la pratique le processus se complique de difficultés souvent inutiles. Pourquoi ?
Un exercice est toujours proposé d'une certaine façon pour une raison définie, de sorte que trois facteurs sont à surveiller : la position psychologique ou l'esprit du jeu, la règle ou forme du jeu, la pratique du jeu. Et encore il doit être abordé avec un esprit ouvert à des possibilités insoupçonnées, une détermination persévérante et patiente, un intérêt actif, la ferveur qui permet la réceptivité, et l'énergie assurant la dynamisation.
L'application consciencieuse de la seule forme correcte apporte un effet bénéfique, mais laisse échapper les nuances essentielles, le jeu des harmoniques. L'interprétation des exercices, c'est-à-dire leur modification dans l'espoir de résultats correspondant à des désirs personnels, entraîne des conséquences fâcheuses, parfois nocives. Pratiqués dans l'esprit et la forme requis, ils doivent être effectifs, autrement dit produire en temps voulu des résultats évidents, preuve d'une application correcte. On doit donc, honnêtement et objectivement, jouer le jeu à la mesure réelle de sa compréhension et toujours dans le sens indiqué. La structure des exercices et leur succession s'organisent selon une ligne définie dont certaines raisons d'être sont exposées alors que d'autres deviendront évidentes à l'usage. Les plus profondes concernent le travail de l'élève et les fonctions auxquelles il se prépare ou participe sous le contrôle d'un maître qualifié capable de rendre perceptibles les divers courants en jeu.
Pour orienter l'attention, il faut dès le début vouer un soin particulier à différencier le mode positif (+) ou esprit, du mode négatif (-) ou nature. On reconnaît par exemple le mode positif dans une intention profonde, le négatif dans le support utilisé pour l'exprimer. Or, depuis longtemps, la plupart des systèmes d'éducation engendrent une façon de penser à dominante de mode négatif. De ce fait en cours de travail sur le mode positif, l'attention tend constamment à revenir sur le mode négatif, d'où la nécessité d'une véritable rééducation de soi.
Ainsi le fait de se concentrer sur une région du corps tend à y intensifier certains aspects du métabolisme susceptibles d'éveiller un défaut de fonction préexistant mais insensible ou moins sensible autrement. Si intéressant que puisse être ce mode d'investigation, il est difficile à pratiquer selon le mode positif. Le passage inconscient à une position de dominante négative est la cause de fréquentes perturbations.
Un exemple en est fourni par le travail sur les centres de conscience. Ces derniers sont donc étudiés essentiellement selon le mode positif. Se centrer de façon spécifique sur l'un d'eux implique d'accentuer le courant qui lui est propre sans adjonction de courant nature, donc sans perturbation physiologique. La pratique le permet, mais auparavant on note souvent des déformations, parfois surprenantes, généralement symptomatiques de l'état psychique ou physique de l'étudiant. Voici quelques-unes des difficultés les plus courantes.
Celui qui, exerçant le centre a de la zone U (centre Ua ou centre cœur), le sent comme irradiant de la chaleur et désigne ... son plexus solaire (association dès l'enfance ou presque toujours selon le mode égocentrique, de la notion cœur à l'émotivité propre au niveau plexus), fait une double confusion : de polarité et d'emplacement. L'élan cœur plus altruiste et noble lui échappe encore ou joue un rôle trop minime pour être utile au conscient. À ce stade de développement l'élève, trop inconscient et ignorant de la modalité positive, ne saurait déjà travailler avec le centre cœur esprit. La persévérance lui facilitera d'abord la distinction entre plexus solaire et cœur nature; par la suite, il apprendra à connaître l'aspect positif.
Un échauffement de la région cœur, ou encore des extrémités, dû à l'amplification ou l'accélération des battements du cœur implique un manque de pratique dans la polarisation de l'attention, de sorte qu'à une intensification locale de modalité positive répond involontairement une intensification physiologique correspondante.
Si, enfin, dans une concentration, qui se voudrait positive, sur le centre Au (milieu du front), on applique une forte volonté de polarité négative, l'éveil des résonances aux niveaux des centre Uu (plexus) et Mu (pubis) sera enregistré selon la même polarité. La sensibilité de ces zones, bien souvent traumatisée dans le passé, tend à se protéger par une barrière, créée et maintenue par une tension appartenant basiquement à la même volonté négative utilisée à faire l'exercice. La tension-barrière implique une fermeture et la tension-exercice une ouverture. Cette opposition est la source de nouvelles difficultés. Alors qu'abordées réellement selon le mode positif, ces barrières, en quelque sorte brises à revers, non seulement n'offrent pas de résistance, mais se réduisent progressivement.
La sensibilisation au mode positif, la prise de conscience claire des caractéristiques propres à chaque mode et la précision de l'attention se développeront peu à peu. La capacité de faire jouer consciemment et à volonté un courant de modalité positive avec son symétrique de modalité négative comme support, représente un stade supérieur d'entraînement.
Il n'est pas difficile de saisir l'importance de la détente, ni en général, ni dans le but particulier de cet ouvrage. Chacun a fait l'expérience d'une conscience plus claire, d'une perception affinée, d'une solution trouvée au moment où une détente s'établissait. Elle représente donc le premier pas nécessaire à la réalisation de tout exercice.
Il faut cependant souligner un impératif de base : la détente ne doit jamais être passive. Si les muscles et les nerfs sont parfaitement détendus, apparemment inertes, la conscience reste parfaitement éveillée, attentive, sensible. Pratiquer la détente en laissant la conscience s'embrumer rend perméable à toutes sortes d'influences étrangères, consciemment ou non. À la longue l'état de passivité s'installe, recherché parfois en suite d'une fausse compréhension et confondu avec l'état impersonnel. La défense naturelle tant consciente qu'inconsciente vis-à-vis d'intrusions étrangères disparaît. Si le contenu du subconscient le permet, il y a possibilité d'obsession et, plus grave encore, de possession où l'individu n'a plus le contrôle de sa personne. La partie technique traite du diagnostic de ce genre de potentiel. Nous le répétons, la détente ne doit jamais être passive.
Dans le cadre de ce travail, elle est destinée à diminuer, parfois éliminer les tensions parasites physiologiques ou psychologiques pour permettre une modification rapide, voire immédiate de la position de conscience. L'entraînement porte tant sur les détentes partielles que totales, réalisant non seulement la détente progressive mais aussi la détente instantanée. Celui qui n'a pas un minimum d'expérience de ce sujet peut se référer à l'un ou l'autre des nombreux ouvrages spécialisés.
L'élément essentiel dans l'exécution des exercices de détente (ou leur inverse, de réflexe) réside dans le fait de devenir conscient d'être le principe directeur qui envoie l'ordre ou l'impulsion produisant la détente ou le réflexe, qui observe objectivement si les modalités d'application sont bien exécutées, capable donc de suivre le cheminement de l'ordre donné jusque dans les nuances du fini. De là découle la notion évidente d'une détente attentive, dirigée, surveillée, excluant la passivité.
La technique de la détente complète exposée ci-après sous un angle particulier préparant la suite du travail devrait être pratiquée quotidiennement. Elle consiste à s'étendre dos au sol, jambes parallèles, bras allongés le long du corps, tête droite. Commencer par quelques respirations profondes en oubliant l'entourage. En partant de la pointe du pied, retirer successivement de chaque jambe toute tension comme s'il s'agissait d'une sorte de fluide ou de coloration, la ramenant progressivement dans le bassin. Dès que l'efficacité est suffisante, procéder simultanément avec les deux jambes. Alors porter une attention soutenue sur le ressentir particulier existant à la zone limite de l'activité-tension-fluide que l'on retire consciemment lentement des orteils jusque dans le bassin, et de l'état-détente-inertie qui derrière cette zone s'établit progressivement. Ensuite procéder de même pour les bras en ramenant l'activité-tension-fluide à l'intérieur du thorax, laissant s'établir l'état-détente-inertie toujours avec la même attention soutenue, les ressentirs particuliers devenant avec l'exercice de plus en plus nets. Persévérer dans le travail de la détente complète jusqu'à affinement suffisant de l'attention-ressentir-compréhension permettant d'aborder normalement la suite sans tensions parasites.
On poursuit l'expérience en fixant l'attention sur l'activité des yeux : les fermer et avoir l'impression de ramener l'activité visuelle à l'intérieur de la tête; ressentir et maintenir l'état de détente.
Puis on porte l'attention sur les oreilles et la faculté auditive et en ramène l'activité comme ci-dessus, laissant cette fonction parfaitement détendue. Même travail enfin avec le nez et sa faculté olfactive, la bouche et sa faculté gustative. Les activités extérieures de la tête sont maintenant ramenées à l'intérieur de celle-ci.
Le stade de la détente générale atteint, où les activités extérieures sont ramenées dans les trois cages du squelette, la cage fermée ou crâne, la cage semi-ouverte ou thorax, et la cage ouverte ou bassin, il reste à réduire la tension de ces trois zones. Ainsi, portant l'attention sur l'activité-tension fluide de la zone abdominale, on fait remonter celle-ci dans le thorax en prenant clairement conscience de l'état-détente-inertie qui s'installe dans la partie libérée et de l'augmentation de la pression dans l'autre. D'un mouvement lent, attentif, continu, on poursuit alors le retrait jusque dans la tête où la même sorte de pression augmente.
Ce fluide-tension ne subsistant que dans l'intérieur de la tête, à l'exclusion du reste du corps bien détendu, on porte son attention sur la région thalamique qu'on visualise comme une petite boîte au centre de la tête, et on y ramène progressivement tout ce fluide-tension. À ce stade, on observe que les tensions se compriment en un point de plus en plus lumineux à mesure qu'il se concentre. L'énergie-tension ainsi réduite en énergie pure (lumière) est à nouveau disponible et peut être redistribuée le long des nerfs.
Si l'on prend conscience qu'une zone déjà détendue abrite une nouvelle tension, on la retire aussitôt. Avec l'entraînement, une obéissance du corps s'établit et la détente persiste jusqu'à ordre contraire. La conscience toujours alerte apprend à exercer sa surveillance partout à la fois, autorisant l'établissement progressif d'un réflexe de détente. Le processus de retrait des tensions se fait de plus en plus rapidement, et la détente alors se prolonge sans contrôle spécial. Si cet état est maintenu, on oublie le corps et le monde extérieur, la personne et ses problèmes : c'est le seuil de la conscience profonde, de la découverte de nouvelles dimensions.
Bien des méthodes conduisent à la détente complète. Dans sa forme particulière décrite ci-dessus, elle s'intègre directement au travail qui suit. Détente complète signifie détente affectant tout le corps à divers degrés de profondeur. Au stade encore superficiel, les dérangements extérieurs peuvent servir à l'exercice d'un aspect réflexe : entrée et sortie instantanée de la détente.
Lorsque celle-ci s'approfondit, provoquant un ralentissement de la respiration, du rythme cardiaque et du métabolisme d'autant plus sensible qu'elle est plus complète, il devient indispensable de s'assurer d'un isolement suffisant. Le retrait vers l'intérieur qui, au début, paraît purement symbolique, devient petit à petit réel. A ce moment-ci tout mouvement soudain est impossible; la réponse nerveuse ne suit pas l'ordre donné. Ce dernier doit être maintenu le temps nécessaire au rétablissement des connections, qu'il est très important de laisser jouer à leur rythme naturel. Un retour à l'état habituel trop rapide représente un violent effort sur soi-même, entraînant un choc suffisamment important sur le système nerveux pour annuler l'effet bénéfique de la détente, et quelque peu analogue au fait d'être brutalement tiré d'un très profond sommeil. On en éprouve un ressentir suffisamment désagréable pour qu'on cherche à l'éviter.
Dans de rares cas, au cours de l'approfondissement d'une détente complète, l'étudiant peut se sentir flotter au-dessus de son corps, soit spontanément, soit à la suite d'un sentiment involontaire de balancement ou de tourbillonnement. Ce phénomène, dû à un début de dédoublement, peut survenir spontanément chez un individu possédant cette faculté à l'état latent. Généralement totalement involontaire, il représente une perturbation à laquelle mettent fin une attention plus soutenue sur la détente elle-même et ses phases, et la volonté de rester présent dans ce travail.
Dans le cas plus rare où l'étudiant a développé de solides bases positives et où sa fonction peut en avoir l'usage, cette faculté de dédoublement, amorcée spontanément, peut être développée dans le cadre de l'élargissement des moyens d'expression. Il est vital dans ce cas qu'une maturité de conscience suffisante sache considérer cette possibilité simplement comme un tel élargissement et non comme le développement d'un pouvoir. Car il ne faut jamais oublier que le but est une expansion de la conscience et non l'acquisition de facultés particulières.
Cet exercice bien différent des autres conduit à la faculté de relaxation pratiquement instantanée; il permet de situer la ou les parties du cerveau fonctionnant mal et la nature approximative du dérangement.
En voici la technique : On s'assied confortablement, on ferme les yeux et on se détend. Alors on imagine la boite crânienne comme une sorte de grande voûte haute de deux à trois mètres, descendant de tous côtés jusqu'à un plancher horizontal et nu, et le cerveau comme une couche d'une sorte de caoutchouc-mousse ou éponge d'environ cinquante centimètres à un mètre d'épaisseur, simple revêtement interne sans circonvolutions doublant la voûte. Soi-même debout sur le plancher d'où sort un tuyau d'arrosage, on se prépare à nettoyer tout ce caoutchouc-mousse.
L'éponge, à l'état parfait, est indestructible mais délicate, légère, opaque ou semi-translucide suivant les cas. En fait presque toujours, les alvéoles contiennent soit un dépôt cristallisé d'impuretés d'épaisseur variable enlevant la souplesse naturelle de l'éponge et la rendant presque cassante, soit un liquide plus ou moins foncé et visqueux tendant à l'amener dans un état voisin de la décomposition. L'un ou l'autre de ces états peut se trouver dans la voûte, ou encore ils avoisinent ou se mélangent, donnant parfois naissance à des sortes de stalactites.
L'exercice consiste à s'avancer vers la partie frontale, tenant d'une main le tuyau débitant abondamment mais non violemment, une belle eau claire considérée comme solvant universel. Si la surface de l'éponge est poussiéreuse ou visqueuse, la laver au jet; l'eau emportera ces saletés superficielles le long du plancher jusqu'au trou d'écoulement situé au centre. Toucher de l'autre main cette surface une fois propre, et exercer une légère pression pour éprouver l'état du caoutchouc-mousse. S'il parait souple et léger et qu'on peut le presser à fond sans aucune appréhension, il est en bon état dans cette région. S'il semble un peu durci, on ressent immédiatement une sorte d'appréhension à le comprimer de peur de causer du dégât. On dirige alors l'eau sur la surface en question, presse légèrement pour expulser l'eau sale, puis relâche pour laisser pénétrer l'eau pure, et ainsi de suite jusqu'à la possibilité d'appuyer à fond, l'eau expulsée étant propre et la souplesse d'origine retrouvée. On procède de même dans le cas d'un engorgement visqueux.
En fait, l'état des différentes parties de ce cerveau-éponge est loin d'être uniforme, les unes donnant l'impression de relative propreté, d'autres opposant une sérieuse résistance au nettoyage et ne commençant à s'assouplir qu'après de nombreuses interventions. Certaines réagissent rapidement, mais au prochain exercice tout est à recommencer. Pourtant le travail se fait de plus en plus facilement et rapidement en suite de la diminution progressive des résistances. Comme on procède au nettoyage de quelque chose de très délicat, il est impérieux d'agir avec douceur et très progressivement jusqu'en profondeur, couche par couche.
Dans certains cas, rares heureusement, l'action entraîne une aggravation de l'état se traduisant par un milieu sombre et la présence d'excroissances. Ou encore en marge d'un nettoyage poursuivi normalement et d'une progression sensible, un point de la voûte pourtant reste réfractaire ou même se détériore, indiquant un état pathologique de la partie correspondante du cerveau qui, avec un peu d'attention, pourrait être ressenti directement. Il peut s'agir aussi de troubles psychiques d'une certaine gravité s'ils sont négligés, demandant l'arrêt immédiat du travail et le recours à un spécialiste.
Quelle relation existe-t-il entre cet exercice et la détente ? Une relation directe du fait que tout assouplissement et nettoyage d'une région de l'éponge correspond à une détente de la partie correspondante du cerveau et des organes s'y rapportant si le travail est bien fait. Il est possible une fois entraîné, de détendre d'un coup toute la tête et par réflexe tout le corps.
L'étape suivante implique que l'étudiant a compris la nécessité de vivre et ressentir profondément tout travail imaginé, suffisamment pour obtenir des résultats tangibles indiscutables. Ainsi il a acquis la maturité nécessaire pour la nouvelle phase du travail qui exige une dominante nettement positive, donc un supraconscient actif. Jusqu'ici peu importait la couleur du caoutchouc-mousse tapissant la voûte et que celui-ci soit opaque ou non, l'essentiel consistant dans sa propreté et son élasticité. Il faut maintenant l'imaginer semi-transparent, de couleur indéfinie, tirant légèrement sur le jaune très pâle. Nous admettons pour notre explication qu'un nettoyage profond vient d'être terminé, d'où un état de détente réel et confortable. En imagination, toujours debout on remet le tuyau d'eau en place sur le plancher et prend alors au-dessus de sa tête, au centre de la voûte, à la verticale du centre A, un autre tuyau qui s'y trouve logé. On tire la longueur nécessaire et ouvre le débit. Cette fois, il en sort un gaz luminescent dont on imprègne toute la surface de la voûte. L'éponge boit ce produit avec avidité comme s'il était nourricier, vital.
On recommence l'opération pour atteindre les couches profondes. Le gaz luminescent rend l'éponge plus claire, plus transparente et y fait apparaître des points épars, lumineux et scintillants. Cette transformation étant progressive de la surface vers le fond, il est facile d'évaluer la quantité de gaz nécessaire à l'imprégnation de toute la masse. Après un certain temps de pratique, on constate que l'éponge d'origine tend à devenir de plus en plus transparente jusqu'à être entièrement diaphane et sans couleur. Elle commence alors à émettre une très belle clarté d'un blanc-doré très transparent. Les points lumineux et scintillants subsistent toujours. Ce nouvel état tend à devenir stable seulement si le niveau de conscience de l'étudiant reste suffisamment élevé, impliquant une dominante nettement positive et une attention définie. En fin d'exercice, on remet tout en place, puis on ouvre les yeux, s'étire, se lève, mais en veillant à conserver dans sa tête et son corps, le ressentir de ce que l'on vient de vivre. Ne refaire ce travail que lorsqu'on en ressent le besoin afin d'éviter absolument toute tendance à la routine ou à l'obligation qui annulent l'aspect vécu.
Avec l'entraînement, l'étudiant prend conscience des résonances correspondantes dans le cerveau. Puis il devient capable de le superposer à l'image symbolique. Par la suite il travaille symboliquement dans le cerveau directement. Finalement il abandonne complètement tout symbole pour faire jouer des courants réels. Ces derniers aspects de l'exercice ne sont pas accessibles à tout le monde.
L'étudiant comprend maintenant le parti qu'il peut tirer des diverses formes de détente, en particulier dans l'aspect réalisation de soi - c'est-à-dire expansion de conscience - qui nous intéresse dans ce volume.
Le principe est simple : lorsque la détente diminue les signaux des tensions usuelles, l'attention éveillée capte après un temps d'adaptation, des tensions d'autre nature, des signaux plus subtils qui ignorés à leur tour en laissent apparaître d'autres encore, ceci dans les limites des possibilités de résonance du système nerveux. Celles-ci tendent à s'élargir avec l'exercice, sans pour cela être infinies. Mais pour un organisme donné, si les possibilités de réponse sont beaucoup plus vastes qu'on ne le croit en général, il y a tout de même une limite que le conscient usuel ne peut dépasser. Comme nous le verrons, on a alors recours à une autre forme de conscience qui, elle, est indépendante de l'état personnel, mais qui peut être reliée et exprimée partiellement au niveau de la personne.
Les prises de conscience ne se limitent pas au seul niveau de la formulation (pour soi-même ou pour autrui), comme on l'imagine couramment, mais incluent les perceptions senties s'étendant jusqu'en des zones inhabituelles. Qualifiées souvent d'inexistantes ou de subjectives, elles se révèlent parfaitement objectives pour celui qui peut y fonctionner consciemment. En fait il faut à l'étudiant dès qu'il cherche à plonger au-delà du connu usuel, une nouvelle structuration lui permettant de prendre conscience de sa capacité de percevoir plus abstraitement et d'accumuler assez d'expériences pour lui faire confiance. Par le terme sentir (que nous emploierons aussi substantivement), le langage courant comprend toutes perceptions autres que celles se situant au niveau de la pensée (omettant ainsi ce 'sentir' qu'est l'aperception mentale). Ce terme est pratique à l'usage, mais global et ce de fait imprécis. En approfondissant le sentir, apparaissent des différenciations nettes, des nuances insoupçonnées; on peut, par exemple, passer de la qualité particulière des sentirs affectifs du niveau usuel, y compris les plus fins, à une autre classe de perceptions, si fines qu'on hésite à l'associer aux sentirs connus, et pourtant on la 'sent' aussi, enregistrant sa qualité ou 'vibrance' spécifique, suite du jeu précédent mais située en quelque sorte une ou plusieurs octaves plus haut selon le niveau atteint. C'est la capacité de sentir au niveau mental, et au-delà. De plus à tout niveau correspondent d'infinies nuances suivant le nombre d'harmoniques présentes. Enfin le tableau s'enrichit du fait qu'un sentir procède des deux modes positif et négatif. Ainsi l'expérimentation des multiples nuances permet d'établir les différences qualitatives des divers modes de perception et de la position de conscience qui y préside.
Autrement dit, cette faculté de sentir joue dans le conscient, le subconscient et le supraconscient. Dans le conscient actuel, on différencie le 'sentir' mental qui en l'absence d'un entraînement spécifique se traduit par une pensée; le 'sentir' de l'affect, psychologiquement le plus connu; et le 'sentir' sensoriel.
Venant de l'inconscient on admet généralement deux sentirs : l'intuition et l'instinct. Dans notre terminologie, l'intuition vraie relève toujours de la fonction positive, l'instinct de la fonction négative.
Actuellement l'intellect tend à minimiser l'importance du sentir : on doute de son intuition plus que de sa pensée et subit plus qu'on utilise les ressentirs de l'affect. Or, les exercices montreront que la plupart des impulsions causales de l'expression en proviennent. Il s'avère donc indispensable de les réhabiliter comme moyen de perception et de réapprendre à s'en servir.
La rééducation du sentir va se heurter à des difficultés plus psychologiques que techniques. Elle nécessite un premier entraînement qui consiste à s'accoutumer ou se réadapter à cette faculté là où elle n'est plus active, plus particulièrement lorsqu'on s'imagine en être incapable. Le processus est simple. Aussi souvent que possible quand le fait se présente, remarquer un sentir et y porter consciemment son attention. Il ne s'agit pas encore d'en faire quelque chose, mais simplement d'enregistrer le fait, et si possible ce qui a été perçu, par exemple la bonté derrière tel salut distrait, ou l'ennui derrière telle poignée de main, ou encore le pressentir de la sonnerie une ou deux secondes avant que la pendule n'égrène son chapelet, la pensée dirigée sur une personne juste avant que celle-ci n'appelle au téléphone. Assez rapidement le plus sceptique se rend à l'évidence que, depuis longtemps, il perçoit plus et mieux qu'il ne l'imaginait. Peu à peu on accepte ces perceptions sans encore s'y fier totalement.
Bien que ce début soit élémentaire, chacun ne l'aborde pas sans crainte. Les raisons en sont simples : les personnes naturellement sensibles reçoivent fréquemment au cours de leur enfance et adolescence des chocs, voire des blessures profondes dans leurs sentiments. Quelques-unes ont la force de se défendre, de sauvegarder leur équilibre. Pour la plupart, les chocs dépassent un seuil; il se produit une réaction de défense qui bloque la sensibilité au niveau affectif, réaction souvent accompagnée d'une surcompensation intellectuelle. Au moment de remettre la sensibilité en fonction, elles éprouvent une appréhension au niveau subconscient ou conscient : la crainte de voir les blessures se rouvrir, crainte justifiée si la mise en train de la sensibilité s'effectuait comme dans l'enfance. Mais l'entraînement présent, de mode positif, comporte un certain contrôle et la maturation acquise donne une vision différente des choses. On ne peut effectuer un travail sérieux en présence d'un traumatisme inconscient (subconscient, parfois supraconscient) qui entrave le développement du conscient et des facultés qui s'y rapportent. La prise de conscience selon le mode positif permet de circonscrire et surveiller cet état et représente de ce fait un facteur partiel de guérison.
Dans les cas où la peur apparaît, elle montre le plus souvent que le niveau de sensibilité a augmenté et tend à franchir un seuil pour lequel la maturité personnelle n'est pas tout à fait suffisante : il y a simplement peur de l'inconnu. Dans l'immédiat, il faut changer d'ambiance, puis travailler dans un autre domaine jusqu'à ce qu'une adaptation-assimilation profonde suivie de maturation et de la disparition de cette peur permettent la reprise du premier travail.
Mais si survient une peur profonde (panique), il y a nécessité absolue d'arrêter immédiatement ce travail, comme n'importe quel exercice de n'importe quelle méthode amenant une sensibilisation. La reprise de l'étude par la suite implique la surveillance constante d'un maître qualifié. Il y a en effet rapidement danger réel d'obsession ou possession en raison de la structuration psychologique de ces élèves et non d'un défaut inhérent à l'une ou l'autre des méthodes utilisées. L'expérience montre que, fait sous contrôle, le développement systématique et équilibré des centres de conscience et la position de conscience qui en résulte écartent définitivement ce danger.
B. Pressentir, Sentir, Ressentir
L'accoutumance à l'existence et au fonctionnement du sentir global établie, précisons dans la dynamique de son développement, trois nuances : pressentir, sentir, ressentir, donnant le sens d'une progression de la perception consciente jusqu'à ressentir qui signifie vivre pleinement.
Le p r e s s e n t i r est une perception dont on sait qu'elle contient une signification, mais, au début, encore trop abstraite pour une formulation. L'entendement au niveau mental, pressentant l'existence d'un signal intelligible, s'efforce sans succès de l'interpréter. Le pressentir disparaît au moment précis où l'on cherche à le formuler. En effet ce mode de perception appartient au registre d'ultra-sensibilité alors que l'expression intellectuelle se fait sur le registre de sensibilité normale. En l'absence d'entraînement, l'ultra-sensibilité ne fonctionne que fortuitement et comme, la plupart du temps, l'expression générale s'ordonne de façon à exclure l'abstrait, le passage d'un registre à l'autre se fait par commutation. Cela implique une rupture de contact sans possibilité actuelle de le rétablir volontairement, faute de connaissance. Aussi lors de la perception d'un signal au niveau pressentir, faut-il éviter absolument une formulation prématurée. On le maintient simplement présent dans le champ de l'attention. L'effet pratique devient rapidement évident. Il se produit une structuration qui, à son tour, facilite la perception du signal, bientôt non seulement pressenti mais vraiment senti. En cours d'entraînement, le sentir peut être revécu, et par là-même intensifié, ce qui permet d'entreprendre l'objectivation consciente pour soi et même une première formulation.
De première importance, ce travail sur le pressentir, sur la zone intuitive, aide considérablement à la sensibilisation indispensable à toute expansion de conscience. Il induit une première accoutumance à des abstractions apparemment irrationnelles qui, par la suite, se structurent en données utilisables ou en faits s'enchaînant selon une logique tout d'abord non perçue, faute de données. Cette accoutumance est nécessaire non seulement du point de vue technique, mais aussi psychologique. On devra en effet savoir faire face à des évidences non perçues sur les plans ordinaires et, de ce fait, considérées comme inexistantes, et accepter des perceptions qui nuancent, élargissent ou contredisent le raisonnement.
En résumé, il suffit au début d'enregistrer le fait qu'il y a pressentir et d'apprendre à le maintenir. On ne se préoccupe pas encore de la qualité de la perception, de savoir si elle est authentique ou due à la projection d'un désir ou d'une crainte. On s'attache au simple fait de sa présence.
A la présentation de ce chapitre, s e n t i r a été employé dans un sens global recouvrant tout degré de perception. Ici il désigne le stade médian de la structuration de cette faculté. Des trois nuances de perception, le sentir est la plus connue, souvent à tel point qu'on n'en a même plus conscience, comme on n'a généralement pas conscience de respirer. Il est la base même de toute prise de conscience, de la plus primitive à la plus avancée. L'inconvénient principal du terme vient de ce qu'on l'assimile à une sensorialité, Cela n'est vrai que partiellement. Il faudra s'appliquer à différencier le sentir sensoriel du sentir non-sensoriel.
La prise de conscience au stade sentir permet une première formulation approximative. Celle-ci, bien qu'intelligible pour soi, ne l'est pas forcément pour autrui. A ce niveau, le sentir est déterminant et l'expression peut être relative dans sa forme. Ainsi, lorsqu'on formule 'tarre pour barre', il est clair que pour soi-même le sens reste 'barre'. Mais pour la plupart des interlocuteurs, la forme déterminant l'orientation de l'attention, l'expression signifiera 'tarre'. Il faut donc que la structuration progresse jusqu'au point où la forme, phrase ou geste, double le sentir suffisamment pour correspondre à ce que l'on tient à transmettre.
L'attention portée sur le pressentir a permis sa structuration, portée sur le sentir, elle va permettre une dynamisation aboutissant au r e s s e n t i r . La réalisation de ces trois phases est indispensable à la transmission effective, car un ressentir de courants positifs ne peut exister sans la participation d'un support négatif. Le ressentir intelligent implique la prise de conscience, et celle-ci, le jeu conjugué des supra- et sub-conscients. Les exercices qui vont suivre sont naturellement équilibrés par la sensibilisation et participation du support négatif, même si l'on n'y pense pas à cause de l'effort de prise de conscience.
Le ressentir, sentir activé, donne le sens du vécu. Il est intéressant d'observer la différence d'incidence sur la compréhension par autrui, d'une communication faite avec ou sans ressentir. Toute transmission demande un contenant et un contenu. Le contenant est d'autant plus relatif que le contenu est plus évident.
C. Notes technique et psychologique
Le maintien de l'attention sur le pressentir a donc permis simultanément, d'une part la structuration qui le transforme en sentir, d'autre part la prise de conscience du processus. Si celui-ci est appréhendé suffisamment clairement, la découverte des lois de structuration et l'observation de leur fonctionnement deviennent accessibles; les notions de hasard et de l'irrationalité des sentirs perdent tout sens.
La pratique montre que les formulations-expressions au niveau personnel se font généralement dans les zones sentir et ressentir. Pourtant la possibilité existe d'une communication au niveau du pressentir, qui ne ferait pas disparaître celui-ci. Elle représente la capacité de travail conscient directement au niveau du signal lui-même.
Si pour les besoins analytiques d'une prise de conscience précisée il est nécessaire de savoir travailler séparément à chacun des trois niveaux de structuration, il ne faut pourtant pas oublier qu'il s'agit en fait d'une seule fonction de conscience. Une phase analytique doit toujours être suivie au moins d'un début de synthèse où les parties retrouvent leur place, précise et consciente cette fois, dans un tout unitaire. Cela permet par la suite de prendre conscience d'une perception simultanément aux trois niveaux : pressentir, sentir, ressentir, tout en reconnaissant lequel domine. Le niveau plus particulièrement travaillé à un moment donné dépend tout d'abord des occasions rencontrées dans la vie courante. Cependant dans les phases plus avancées, il faut savoir suivre l'ordre de structuration tel qu'il vient d'être exposé.
Nous insistons donc sur la nécessité de reconnaître tout d'abord le simple fait que la perception par sentir existe, quelle que soit la qualité de ce sentir. En effet, on s'imagine trop aisément qu'une intuition, ou plus concrètement un sentir s'étant avéré faux, toute la perception est fausse. Basiquement une perception est toujours d'origine abstraite, que l'on revêt d'une forme pour l'objectiver au niveau conscient. La perception du signal abstrait précède donc toujours son décodage et sa formulation. A cause d'une erreur dans l'interprétation du signal, on tend à rejeter, voire nier toute la perception. Or que l'attention ait été attirée par un pressentir, un sentir ou un ressentir reste un fait indéniable, et il est erroné et même nuisible de le rejeter. Il serait plus logique et fructueux de chercher le pourquoi de l'erreur. Une étude plus approfondie montre même que la perception du signal existe bien au-delà de ce qu'on imagine, mais que la capacité d'objectivation est souvent en défaut. Nous n